Les séparations conjugales influencent-elles les trajectoires professionnelles ? Deux chercheuses de l'Institut national des études démographiques (Ined) et une statisticienne de l'Insee ont tenté de répondre à cette question, alors que le phénomène est en plein essor. Pour 100 mariages prononcés, le taux de divorce est passé de 11 à 45,1 % entre 1950 et 2008, sans compter les ruptures de couples non mariés, qui est actuellement la forme d'union la plus fréquente.
En observant la situation professionnelle l'année qui précède et les deux années qui suivent la séparation, l'étude montre que les femmes inactives ont largement tendance à reprendre à un emploi. Si 56 % des inactives le demeurent après la séparation, 44 % se présentent sur le marché du travail et 37 % travaillent effectivement l'année qui suit la séparation. Trois quart de ces dernières occupent un emploi à temps plein. Une reprise du travail qui s'explique par la baisse de niveau de vie qui suit généralement un divorce chez les femmes. Leur revenu médian diminuerait de 32 % en France dans l'année qui suit le divorce.
Pour les hommes aussi, la séparation n'est pas sans conséquence. Elle accroit notamment les risques de chômage, au moins dans les deux ans qui suivent. Une tendance que les chercheurs expliquent par une forme de mise à distance avec le monde du travail : « la perte par l'homme de son rôle de pourvoyeur de ressources peut entraîner un affaiblissement de son attachement au marché du travail ». Le fait qu'un divorce soit souvent un évènement stressant peut aussi se répercuter sur le travail.
Dernière hypothèse évoquée dans l'étude : « Une fois sans conjointe, l'homme doit réaliser de nouvelles tâches domestiques auparavant effectuées par la femme. Ces nouvelles contraintes devraient se traduire par une baisse de son temps marchand qui peut accroître son risque de chômage s'il s'investit moins dans la sphère professionnelle ».
Les couples dans lequel le mari est seul pourvoyeur de revenu sont les plus affectés par à une séparation. La répartition traditionnelle des tâches « est une stratégie risquée, pour les hommes comme pour les femmes, dans le contexte actuel de séparation élevé », souligne les auteurs de l'étude.
Le retour sur le marché du travail observé chez les femmes est aussi influencé par l'âge des enfants, la probabilité de reprise d'activité étant moins importante pour les femmes avec un enfant en bas âge (moins de deux ans). Les problèmes de garde et de conciliation entre vie familiale et vie professionnelle sont en effet plus importants quand on les assume seule. En revanche, le nombre d'enfants ne semble pas jouer sur le retour à l'emploi.